« Vous parlez anglais ? Alors vous pourrez me traduire ce document. »
Une idée reçue bien trop répandue que celle de parler une langue suffit à pouvoir la traduire ! Les stagiaires ayant fièrement placardé l’indispensable « anglais courant » sur leur CV en font trop souvent les frais. Alors, pourquoi tous les bilingues ne sont-ils pas compétents?
Parler une langue étrangère ne suffit pas !
Interrogez des traducteurs professionnels : ils « parlent » souvent bien plus de langues qu’ils n’en traduisent. La raison est simpliste : tenir une conversation courante, avec parfois même cet accent étranger comme un confortable passe-droit pour pardonner quelques erreurs, ne donne pas la capacité de traduire rigoureusement un rapport technique, un article scientifique, une notice médicale.
Rigueur et connaissance de la langue étrangère
De la rigueur, nous y venons ! Une connaissance rigoureuse et approfondie de la langue étrangère est donc la première condition, sine qua non, pour pouvoir traduire. Je prendrai ici l’exemple des faux-amis qui font tant tomber dans le piège les médias, grands amateurs de traductions rapides par une personne non-qualifiée.
Un français qui parle de « figure » a bien plus de chance de parler d’un « visage » que son homologue anglais, pour qui ce mot signifie « chiffre », tandis que l’espagnol, en mentionnant « figura » désigne le corps tout entier, la silhouette. Ces détails, le professionnel les connaît, il les piste, il ne tombe pas dans le piège : c’est son outil de travail.
Mais au-delà des faux-amis, qui servent surtout à illustrer d’une manière évocatrice mon propos, le traducteur professionnel est un spécialiste. Parlez-lui de jargon aéronautique, s’il s’est spécialisé dans ce domaine, il le connaît et en connaît les usages dans sa langue maternelle aussi bien que dans sa langue de travail. Une ressource indispensable dans des secteurs où une simple erreur pourrait avoir de lourdes conséquences, je pense ici à la médecine, la science ou le domaine juridique, pour ne citer qu’eux.
Rigueur et connaissance… de sa propre langue !
« La traduction est un exercice de français ». Quel étudiant n’a jamais entendu cette déclaration ?
Surprenante au premier abord, un petit exemple l’expliquera bien mieux qu’une longue tirade. Etudiant en Espagne, je me suis surpris à dire un jour que j’allais « tirer de l’argent ». Traduction littérale de « sacar dinero», c’est ce que l’on appelle, dans ce cas, un « hispanisme ». La traduction se comprend, mais n’est pas française, idiomatique.
L’art du traducteur est de chasser ces petites erreurs qui donnent un arrière-goût brouillon à une traduction, qui font persister un accent étranger dans l’oreille du lecteur. Si la résolution est ici facile, l’expression « retirer de l’argent » suffira à parfaire le travail, le plus souvent, le traducteur est confronté à des tournures plus longues, à des expressions qui n’ont pas d’équivalent, à des phrases – voire paragraphes – à reconstruire entièrement pour les conformer à l’usage de sa langue maternelle.
Une expertise pour certains, un art pour d’autres, la traduction ne donc peut se résumer à un copier-coller du dictionnaire comme le faisaient les premiers traducteurs automatiques.
Des années de pratique et d’analyse, de curiosité et d’apprentissage, de prise de recul sur la langue de travail et surtout la langue maternelle, font du traducteur professionnel un passionné qui est capable de rendre parfaitement le sens d’un document dans une autre langue, en faisant « comme si » le texte était l’original.









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